ORIGINE DE LA MALBAIE

Rue principale, secteur Pointe-au-Pic. 1908
Le Répertoire toponymique du Québec de 1979 indique que La Malbaie est le nom officiel de seize entités géographiques du territoire dont quinze appartiennent aux circonscriptions électorales de Chartevoix et de Gaspé. Ces désignations, employées seules ou en composition, identifient un canton, trois lieux habités et douze détails géographiques naturels.
La Malbaie a d'abord identifié des rentrants de côtes des circonscriptions précitées avant de s'appliquer par la suite à d'autres entités géographiques voisines.
Après ces observations préliminaires, nous aimerions tracer un rapide tableau sur la signification de La Malbaie, son origine, ses changements et tentatives de changements de noms.
Bornons-nous à rappeler qu'en ce qui concerne sa signification, le toponyme La Malbaie est composé du vieil adjectif français mal et de baie. Dans Les noms de lieux, Albert Dauzat écrit que les toponymes «ont été formés par la langue parlée dans la région à l'époque de leur création». Les documents nous apprennent que les noms de lieux La Malbaie, qui caractérisent deux larges échancrures de la côte, ont été créés d'une part à l'aurore du XVII siècle pour celui de Charlevoix et d'autre part au début du XVllI siècle pour son homonyme de la circonscription de Gaspé. L'adjectif archaïque mal avait le sens de «mauvais» en ancien français, d'où la signification «la mauvaise baie» pour La Malbaie.
Pourquoi a-t-on qualifié de mauvaises ces deux baies? C'est ce que nous essaierons maintenant d'expliquer. Bien que Samuel de Champlain ait baptisé la rivière Malbaie, en Charlevoix, puisqu'il écrit en 1608: «et l'avons nommée rivière platte, ou malle baye», le fondateur de Québec n'affirme cependant nulle part qu'il est l'inventeur du toponyme La Malbaie qui a d'abord, selon toute logique, identifié le rentrant de côte lui-même. Il faut observer en outre que le nom de la baie est antérieur à 1608 puisque c'est cette année-là que le fondateur de Québec I'utilise une première fois pour baptiser le cours d eau.
On peut noter également que Champlain donne peut-être l'origine de ce nom de lieu charlevoisien lorsqu'il sent en 1626 «Du cap de Male Baye (cap à l'Aigle) jusqu'à la rivière Plate (rivière Malbaie) trois lieues, cette rivière est dans une anse qui assèche de basse mer» On est donc amené à penser, pour cette raison, que cette baie était «mauvaise» pour le mouillage ou l'abri des bateaux.

Rue Saint-Étienne. 1935
Le nom de l'autre rentrant situé au sud de la baie de Gaspé, et qui porte également l'appellation de, La Malbaie depuis le début du XVlIl siècle, a une origine par exemple, dans sa description géographique et historique de 1672, le pionnier acadien nous dit au sujet de cette baie «On peut supposer que mauvaise baie l'était parce quelle ne protégeait pas, qu'elle ne sert pas d'abri (pour les bateaux)». Son origine est donc transparente. Venons-en, pour terminer cette étude succincte, aux changements de noms des toponymes originaires. Les deux rentrants de côte des circonscriptions électorales précitées n'ont pas toujours été connus sous leur appellation de La Malbaie. En Charlevoix on a remplacé ce toponyme par voie d'autorité après la Conquête, par Murray Bay. Dans la circonscription de Gaspé, le changement du nom primitif, qui était Baie des Molues ou des Morues, s'est fait d'une façon spontanée.
Rappelons seulement qu'à la demande de John Nairn, lieutenant-colonel de l'armée anglaise, le gouverneur James Murray accepta en 1762, que la seigneurie qu'on lui concéda, laquelle s'étendait du Cap-aux-Oies jusqu à la rive sud de la rivière Malbaie, porte le nom de Murray's Bay.
Pour désigner la baie, le nom de Murray Bay s'est rapidement imposé chez les anglophones et il a même complètement effacé, pendant un certain temps l'appellation française dans les documents officiels. La localité de La Malbaie et la rivière du même nom ont connu un tel évincement quoiqu'à un degré moindre, souvent, au XIXe siècle, le nom de la localité par exemple, paraît dans la documentation sous la double forme Murray Bay ou Malbaie aussi écrite ailleurs la Malbaie (Murray Bay). Parfois aussi, cartes et textes ne montrent qu'une seule forme, qu'elle soit anglaise ou française.